{"id":18140,"date":"2021-02-16T16:20:55","date_gmt":"2021-02-16T23:20:55","guid":{"rendered":"https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/?p=18140"},"modified":"2025-05-05T14:52:42","modified_gmt":"2025-05-05T20:52:42","slug":"le-porteur-construction-dun-meilleur-canada-pour-tous","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/fr\/2021\/02\/16\/le-porteur-construction-dun-meilleur-canada-pour-tous\/","title":{"rendered":"Le porteur : construction d\u2019un meilleur Canada pour tous"},"content":{"rendered":"\n<p>Le train Pullman des Chemins de fer nationaux du Canada traversait les montagnes Rocheuses, en partance de Vancouver, pour faire escale en Alberta. Tous ses passagers \u00e9taient de race blanche, certains voyageant en famille. De nombreux servants noirs, des n\u00e8gres, s\u2019affairaient \u00e0 offrir les m\u00eames services qu\u2019ils avaient offerts pendant l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 du voyage. Ils devaient \u00eatre \u2013 toujours \u2013 pr\u00eats \u00e0 offrir les meilleurs services qui soient, comme repasser les v\u00eatements, cirer les chaussures, transporter les bagages, pr\u00e9parer et nettoyer les couchettes, pr\u00e9parer le bain, laver les crachoirs, faire les valises, r\u00e9pondre aux besoins des enfants ou faire d\u2019autres t\u00e2ches personnelles \u00e0 l\u2019intention des passagers exclusivement blancs. Au d\u00e9but du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les trains parcouraient le Canada, d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre du pays. Les postes de m\u00e9caniciens et de chefs de train \u00e9taient tous occup\u00e9s par des Blancs. Seuls les postes inf\u00e9rieurs de porteurs faisaient exception \u00e0 cette r\u00e8gle. Afin de rentabiliser leurs services de transport, les compagnies ferroviaires d\u00e9pendaient du service personnalis\u00e9 fourni exclusivement par les porteurs noirs.      <\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque, le train \u00e9tait le plus grand moyen de transport au Canada. Gr\u00e2ce aux wagons de trains, les personnes bien nanties pouvaient voyager en tout confort. L\u2019inventeur George Pullman avait cr\u00e9\u00e9 la couchette Pullman qui permettait aux porteurs de fournir une norme de service d\u2019excellence. Ces porteurs portaient le nom de \u00ab porteurs Pullman \u00bb. Le fait qu\u2019ils ne soient pas appel\u00e9s par leur nom faisait \u00e9cho \u00e0 la d\u00e9shumanisation propre \u00e0 l\u2019\u00e8re de l\u2019esclavage. Leurs r\u00f4les et leurs fonctions avaient \u00e9t\u00e9 con\u00e7us en toute connaissance de cause. Afin de leur rappeler leur \u00e9chelon \u00ab invisible \u00bb et servile, les passagers appelaient les porteurs \u00ab George \u00bb, soit le pr\u00e9nom de George Pullman.    <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"725\" src=\"https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/\/nc-6-11624a-Glenbow-Mr.-Courtney-and-baby-being-assisted-by-a-porter-Edmonton-1024x725.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-6153\" srcset=\"https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/nc-6-11624a-Glenbow-Mr.-Courtney-and-baby-being-assisted-by-a-porter-Edmonton-1024x725.jpg 1024w, https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/nc-6-11624a-Glenbow-Mr.-Courtney-and-baby-being-assisted-by-a-porter-Edmonton-300x213.jpg 300w, https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/nc-6-11624a-Glenbow-Mr.-Courtney-and-baby-being-assisted-by-a-porter-Edmonton-768x544.jpg 768w, https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/nc-6-11624a-Glenbow-Mr.-Courtney-and-baby-being-assisted-by-a-porter-Edmonton-1536x1088.jpg 1536w, https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/nc-6-11624a-Glenbow-Mr.-Courtney-and-baby-being-assisted-by-a-porter-Edmonton-2048x1451.jpg 2048w, https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/nc-6-11624a-Glenbow-Mr.-Courtney-and-baby-being-assisted-by-a-porter-Edmonton-150x106.jpg 150w, https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/nc-6-11624a-Glenbow-Mr.-Courtney-and-baby-being-assisted-by-a-porter-Edmonton-600x425.jpg 600w, https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/nc-6-11624a-Glenbow-Mr.-Courtney-and-baby-being-assisted-by-a-porter-Edmonton-800x567.jpg 800w, https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/nc-6-11624a-Glenbow-Mr.-Courtney-and-baby-being-assisted-by-a-porter-Edmonton-1129x800.jpg 1129w, https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/nc-6-11624a-Glenbow-Mr.-Courtney-and-baby-being-assisted-by-a-porter-Edmonton-1600x1134.jpg 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Un homme et son enfant recevant l\u2019aide d\u2019un porteur de bagages. Alberta, mai 1925. Image gracieuset\u00e9 des archives du Glenbow, archives et collections sp\u00e9ciales, Universit\u00e9 de Calgary, NC-6-11624a.  <\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es 1920, plus de 20 000 hommes noirs ont travaill\u00e9 comme porteurs des compagnies ferroviaires Pullman. Sur les trains, les postes de porteurs \u00e9taient les seuls postes accessibles aux hommes jug\u00e9s inadapt\u00e9s, par le syst\u00e8me, \u00e0 occuper d\u2019autres types d\u2019emplois ou professions. Les postes de porteurs \u00e9taient assortis d\u2019une servitude de deuxi\u00e8me classe. Les porteurs tol\u00e9raient les traitements racistes avilissants et les comportements offensants parce qu\u2019ils avaient besoin d\u2019argent pour nourrir leur famille. Dans les milieux noirs, o\u00f9 le taux de ch\u00f4mage \u00e9tait \u00e9lev\u00e9, ces postes \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme de \u00ab bons \u00bb emplois.   <\/p>\n\n\n\n<p>Toujours pr\u00eats \u00e0 travailler, les porteurs devaient entretenir trois milieux de vie : l\u00e0 o\u00f9 leur famille vivait, un petit cubicule dans le train et un autre au bout des chemins de fer, de part et d\u2019autre. Afin de se faciliter la t\u00e2che, les Noirs ont am\u00e9nag\u00e9 des quartiers aux terminus des trains. Si la derni\u00e8re escale d\u2019un train se trouvait \u00e0 Vancouver, les porteurs se trouvaient une auberge \u00e0 Hogan\u2019s Alley et si la derni\u00e8re escale \u00e9tait \u00e0 Montr\u00e9al, ils allaient \u00e0 la Petite-Bourgogne tandis qu\u2019\u00e0 Halifax, ils logeaient \u00e0 Africville. Au cours des ann\u00e9es qui ont suivi, le racisme syst\u00e9mique en mati\u00e8re de logement a frapp\u00e9 ces communaut\u00e9s. En 1951, Africville (communaut\u00e9 prosp\u00e8re de milliers de personnes) a \u00e9t\u00e9 ras\u00e9e au grand complet afin de faire place \u00e0 un quartier industriel \u00e0 Halifax.    <\/p>\n\n\n\n<p>Au tournant du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le Canada cherchait \u00e0 densifier sa population dans l\u2019Ouest canadien. \u00c0 cette fin, il a fait de la publicit\u00e9 en maint endroit du sud des \u00c9tats-Unis, en visant les personnes blanches susceptibles d\u2019\u00eatre int\u00e9ress\u00e9es. Des milliers d\u2019Afro-Am\u00e9ricains ont r\u00e9pondu \u00e0 l\u2019appel et ont fait le voyage \u00e0 destination de la fronti\u00e8re de l\u2019ouest la plus pr\u00e8s. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"688\" height=\"290\" src=\"https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/Manitoba-Free-Press-Match-22-1911-Negroes-are-Hopeful-of-Becoming-Canadian-Citizens.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-6155\" srcset=\"https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/Manitoba-Free-Press-Match-22-1911-Negroes-are-Hopeful-of-Becoming-Canadian-Citizens.png 688w, https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/Manitoba-Free-Press-Match-22-1911-Negroes-are-Hopeful-of-Becoming-Canadian-Citizens-300x126.png 300w, https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/Manitoba-Free-Press-Match-22-1911-Negroes-are-Hopeful-of-Becoming-Canadian-Citizens-150x63.png 150w, https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/Manitoba-Free-Press-Match-22-1911-Negroes-are-Hopeful-of-Becoming-Canadian-Citizens-600x253.png 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 688px) 100vw, 688px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em> \u00ab Negroes are Hopeful of Becoming Canadian Citizens \u00bb, Manitoba Free Press, le 22 mars 1911.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>L\u2019exception \u00e0 cette invitation \u00ab g\u00e9n\u00e9rale \u00bb, c\u2019\u00e9taient les 500 porteurs qui sont arriv\u00e9s au Canada de 1916 \u00e0 1919 pour travailler pour le Chemin de fer Canadien Pacifique. Leur pi\u00e8ce d\u2019identit\u00e9 de porteur Pullman, confirmant leur source singuli\u00e8re d\u2019emploi approuv\u00e9, leur a permis de se rendre au Canada. <\/p>\n\n\n\n<p>Les subtilit\u00e9s de l\u2019histoire raciale du Canada \u00e9taient peu connues des personnes fuyant l\u2019oppression raciale aux \u00c9tats-Unis. L\u2019immigration pr\u00e9f\u00e9rentielle \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9e aux Blancs de l\u2019Europe de l\u2019Ouest et des \u00c9tats-Unis. Les Noirs figuraient en bas de l\u2019\u00e9chelle.  <\/p>\n\n\n\n<p>Les autres personnes n\u2019\u00e9tant pas de race blanche qui s\u2019attendaient \u00e0 un bon accueil au Canada \u00e9taient arr\u00eat\u00e9es \u00e0 la fronti\u00e8re en vertu d\u2019un d\u00e9cret en conseil<sup>[1]<\/sup>. Ce d\u00e9cret emp\u00eachait les Noirs d\u2019entrer au Canada pour une p\u00e9riode d\u2019un an (initialement). Selon ce d\u00e9cret, \u00ab la race des n\u00e8gres \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme inadapt\u00e9e au climat et aux exigences du Canada \u00bb. Les ressources financi\u00e8res et les comp\u00e9tences devaient \u00e9galement \u00eatre v\u00e9rifi\u00e9es avant que l\u2019entr\u00e9e ne soit consid\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 admis au Canada, les immigrants noirs ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s \u00e0 des sections actives du Ku Klux Klan en Alberta ainsi qu\u2019\u00e0 des obstacles au logement, aux services publics ordinaires et \u00e0 l\u2019emploi. Les nouveaux arrivants n\u2019\u00e9taient de toute \u00e9vidence pas les bienvenus. L\u2019odeur naus\u00e9abonde du racisme se faisait sentir. Les Noirs arrivant de l\u2019Oklahoma et du Tennessee ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s \u00e0 Amber Valley, en guise de s\u00e9gr\u00e9gation g\u00e9ographique. Ils n\u2019\u00e9taient pas les bienvenus dans les quartiers de banlieue ou les quartiers aspirant \u00e0 la classe moyenne.    <\/p>\n\n\n\n<p>Les employeurs ont su exploiter cette main-d\u2019\u0153uvre \u00e0 la fois accessible et \u00e0 bon march\u00e9. Des hommes au ch\u00f4mage, sans-abri et au d\u00e9pourvu ont saisi l\u2019occasion de se trouver un emploi. Pour les femmes, les occasions d\u2019emploi \u00e9taient encore plus restreintes, se confinant principalement \u00e0 des emplois de m\u00e9nage, de lavage et de repassage et \u00e0 d\u2019autres t\u00e2ches inf\u00e9rieures.  <\/p>\n\n\n\n<p>Les porteurs de l\u2019industrie du transport faisaient 100 $ par mois ou moins. La norme \u00e9tait la suivante : \u00ab Si le salaire \u00e9tait de plus de 1 $, c\u2019\u00e9tait un emploi pour les hommes blancs. Les porteurs interview\u00e9s pour le film \u00ab Le chemin parcouru \u00bb<sup>[2]<\/sup> ont d\u00e9nonc\u00e9 les mauvaises conditions de travail, les emplois de porteur sans possibilit\u00e9s de promotion parce que les postes de chef de train \u00e9taient r\u00e9serv\u00e9s aux Blancs. Les porteurs noirs travaillaient 21 heures par jour. Ils manquaient de sommeil, passaient beaucoup de temps loin de leur famille et d\u00e9pendaient de la charit\u00e9 (pourboires) des passagers pour faire de l\u2019argent. Il fallait que les services des porteurs soient exceptionnels, veillant \u00e0 ce que les besoins des passagers soient toujours satisfaits. Un porteur a d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019il se sentait humili\u00e9, comme un homme de troisi\u00e8me classe, comme un homme parfaitement invisible. Les compagnies ferroviaires s\u2019\u00e9taient dot\u00e9es de normes et de r\u00e8gles tr\u00e8s strictes, assorties de centaines de motifs de cong\u00e9diement. Ces normes et r\u00e8gles ont \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9es \u00e0 la grandeur de l\u2019industrie ferroviaire canadienne.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"871\" height=\"500\" src=\"https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/A9167.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-6352\" srcset=\"https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/A9167.jpg 871w, https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/A9167-300x172.jpg 300w, https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/A9167-768x441.jpg 768w, https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/A9167-150x86.jpg 150w, https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/A9167-600x344.jpg 600w, https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/A9167-800x459.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 871px) 100vw, 871px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Porteurs noirs \u00e0 l\u2019emploi du Chemin de fer Canadien Pacifique, ann\u00e9es 1920. Image gracieuset\u00e9 des archives provinciales de l\u2019Alberta, A9167. <\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Hazel Proctor, fille d\u2019un porteur de wagons-dortoirs, d\u00e9crit les souffrances ayant d\u00e9coul\u00e9 du travail de son p\u00e8re pour sa famille de Calgary<sup>[3]<\/sup>.<sup> <\/sup>Elle a d\u00e9clar\u00e9 ce qui suit :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab En tant que porteur de wagons-dortoirs, il montait et d\u00e9montait les lits, puis il servait les clients des wagons-dortoirs. C\u2019\u00e9tait un travail difficile pour lui\u2026 Quand il faisait escale \u00e0 Calgary, je marchais jusqu\u2019\u00e0 la gare des trains avec ma m\u00e8re et je l\u2019aidais \u00e0 pr\u00e9parer les couchettes, \u00e0 les d\u00e9monter, \u00e0 faire les lits et ainsi de suite. Parfois, c\u2019\u00e9tait pour moi la seule fa\u00e7on de le voir. Je pense qu\u2019il donnait son ch\u00e8que \u00e0 ma m\u00e8re\u2026 [parce que] j\u2019\u00e9tais l\u2019a\u00een\u00e9e, j\u2019accompagnais ma m\u00e8re. \u00c7a me rapprochait de mon p\u00e8re et de son travail. Je savais en quoi consistait son travail de d\u00e9montage de couchettes et ainsi de suite. Je ne sais pas ce que faisaient les autres familles, mais moi et ma m\u00e8re, nous faisions \u00e7a parce qu\u2019il ne pouvait pas sortir de la gare si le trajet de son train n\u2019\u00e9tait pas fini. Il ne pouvait pas venir \u00e0 la maison\u2026 son itin\u00e9raire comprenait des escales \u00e0 Calgary, Winnipeg, Montr\u00e9al\u2026 Mais c\u2019est beaucoup plus tard que j\u2019ai su \u00e0 quel point c\u2019\u00e9tait difficile pour ma m\u00e8re\u2026 elle avait cinq enfants \u00e0 ce moment-l\u00e0 et deux autres se sont ajout\u00e9s par la suite. Le chemin de fer \u00e9tait tr\u00e8s proche\u2026 Certains porteurs se sont fait membres de l\u2019AAACP, l\u2019Alberta Association for the Advancement of Colored People. \u00bb Cet organisme, affili\u00e9 \u00e0 la NAACP, militait contre la discrimination raciale et la s\u00e9gr\u00e9gation en mati\u00e8re de logement et de lieux publics.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus tard, Bert, le p\u00e8re d\u2019Hazel Proctor, est devenu pr\u00e9sident de la section locale de la Fraternit\u00e9 des porteurs de wagons-dortoirs.<\/p>\n\n\n\n<p>Le syndicat de l\u2019industrie qui existait d\u00e9j\u00e0, soit la Fraternit\u00e9 canadienne des cheminots, employ\u00e9s des transports et autres ouvriers, n\u2019acceptait pas de membres de race noire. En 1925, les porteurs ont redoubl\u00e9 d\u2019ardeur pour organiser leur syndicat. A. Philip Randolph \u00e9tait un jeune afro-am\u00e9ricain socialiste qui s\u2019int\u00e9ressait \u00e9norm\u00e9ment \u00e0 la cause des porteurs. Sur le plan historique, il est connu comme le pr\u00e9sident de la Marche sur Washington de 1963 (d\u00e9sormais c\u00e9l\u00e8bre) lors de laquelle le r\u00e9v\u00e9rend Martin Luther King a prononc\u00e9 son c\u00e9l\u00e8bre discours \u00ab j\u2019ai un r\u00eave \u00bb. Philip Randolph s\u2019\u00e9tait servi de son acc\u00e8s aux m\u00e9dias pour mettre en \u00e9vidence les conditions de travail des porteurs noirs, si bien que les porteurs ont d\u00e9cid\u00e9 de retenir ses services pour organiser leur syndicat. Il n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 l\u2019emploi des g\u00e9ants du transport, ce qui fait qu\u2019il ne mettait pas son avenir en jeu et qu\u2019il ne pouvait pas \u00eatre soudoy\u00e9 ou intimid\u00e9.     <\/p>\n\n\n\n<p>Aux \u00c9tats-Unis, l\u2019organisation a persist\u00e9 jusqu\u2019en 1937, lorsque le premier syndicat de travail noir, la Fraternit\u00e9 des porteurs de wagons-dortoirs, a obtenu sa premi\u00e8re convention collective et sa charte de travail. Encourag\u00e9s par cette nouvelle, les porteurs du Canada ont essay\u00e9 \u00e0 maintes reprises de former une fraternit\u00e9 affili\u00e9e au syndicat am\u00e9ricain. Les agents de Pullman et les g\u00e9ants ferroviaires du Canada se sont fait un devoir de leur mettre les b\u00e2tons dans les roues \u00e0 chaque instant. Les porteurs qui s\u2019int\u00e9ressaient au syndicat \u00e9taient si t\u00f4t cong\u00e9di\u00e9s. Tous les ans, le gouvernement du Canada r\u00e9approvisionnait le bassin de porteurs en permettant l\u2019entr\u00e9e de 100 sujets britanniques des Cara\u00efbes. Grand nombre d\u2019entre eux poss\u00e9daient des comp\u00e9tences dans divers domaines, mais dans ce milieu non syndiqu\u00e9, ils ont subi le m\u00eame sort et les m\u00eames mauvaises conditions de travail que les autres porteurs, touchant un maigre salaire, ne disposant pas de possibilit\u00e9s d\u2019avancement et sachant fort bien que si leur employeur leur demandait de faire le travail du chef de train, ils devraient le faire gratuitement.     <\/p>\n\n\n\n<p>Des efforts d\u2019organisation de syndicat ont continu\u00e9 d\u2019\u00eatre d\u00e9ploy\u00e9s un peu partout au Canada. En 1946, la Fraternit\u00e9 a organis\u00e9 un syndicat pour les porteurs du Chemin de fer Canadien Pacifique et de la Compagnie des chemins de fer du Nord de l\u2019Alberta. En m\u00eame temps, la Fraternit\u00e9 des porteurs de wagons-dortoirs est devenue la premi\u00e8re organisation syndicale form\u00e9e par des Afro-Canadiens au Canada. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"756\" src=\"https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/\/Canadian-Pacific-Railway-porters-in-union-hall-Calgary-Alberta-ca.-1941-1942-PA-3439-6-Co-1024x756.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-6156\" srcset=\"https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/Canadian-Pacific-Railway-porters-in-union-hall-Calgary-Alberta-ca.-1941-1942-PA-3439-6-Co-1024x756.jpg 1024w, https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/Canadian-Pacific-Railway-porters-in-union-hall-Calgary-Alberta-ca.-1941-1942-PA-3439-6-Co-300x221.jpg 300w, https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/Canadian-Pacific-Railway-porters-in-union-hall-Calgary-Alberta-ca.-1941-1942-PA-3439-6-Co-768x567.jpg 768w, https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/Canadian-Pacific-Railway-porters-in-union-hall-Calgary-Alberta-ca.-1941-1942-PA-3439-6-Co-1536x1134.jpg 1536w, https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/Canadian-Pacific-Railway-porters-in-union-hall-Calgary-Alberta-ca.-1941-1942-PA-3439-6-Co-2048x1512.jpg 2048w, https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/Canadian-Pacific-Railway-porters-in-union-hall-Calgary-Alberta-ca.-1941-1942-PA-3439-6-Co-150x112.jpg 150w, https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/Canadian-Pacific-Railway-porters-in-union-hall-Calgary-Alberta-ca.-1941-1942-PA-3439-6-Co-600x443.jpg 600w, https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/Canadian-Pacific-Railway-porters-in-union-hall-Calgary-Alberta-ca.-1941-1942-PA-3439-6-Co-800x590.jpg 800w, https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/Canadian-Pacific-Railway-porters-in-union-hall-Calgary-Alberta-ca.-1941-1942-PA-3439-6-Co-1084x800.jpg 1084w, https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/Canadian-Pacific-Railway-porters-in-union-hall-Calgary-Alberta-ca.-1941-1942-PA-3439-6-Co-1600x1181.jpg 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Membres de la Fraternit\u00e9 des porteurs de wagons-dortoirs en compagnie de leur famille, vers 1941-1942. Image gracieuset\u00e9 des archives du Glenbow, archives et collections sp\u00e9ciales, Universit\u00e9 de Calgary, PA\u20113439-6. Rang\u00e9e arri\u00e8re, de g. \u00e0 dr. : P.T. Clay, Wilbur Milton, Jeff Bowen, Willis Richardson, \u00ab Doomy \u00bb Hicks, Embert \u00ab Amos \u00bb States, Melvin Crump. Rang\u00e9e du milieu, de g. \u00e0 dr. : Peaches Coleman, Willa \u00ab Gotchie \u00bb Sneed, Louella Bellamy, Ethel Kay, Alex Kay, Rachel Walton, Charlie Walton. Rang\u00e9e avant, de g. \u00e0 dr. : Ray Williams (tenant Judy Williams), Odelle Holmes, M. Blanchette, Helen Braithwaite, Cordie Williams.    <\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Sans tarder, la Fraternit\u00e9 des porteurs de wagons-dortoirs a d\u00e9ploy\u00e9 des efforts pour obtenir de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail pour ses membres. Pour la premi\u00e8re fois de leur histoire, les porteurs b\u00e9n\u00e9ficiaient d\u2019une s\u00e9curit\u00e9 d\u2019emploi, d\u2019heures de travail r\u00e9duites, d\u2019un meilleur salaire et, en peu de temps, de leur dignit\u00e9. Le surnom d\u00e9shumanisant de \u00ab George \u00bb a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 par-dessus bord. Les porteurs avaient d\u00e9sormais des porte-noms en m\u00e9tal sur leur poitrine, avec leur nom officiel. Plus tard, chaque compartiment de train arborait la plaque d\u2019identit\u00e9 de chaque porteur \u00e0 chacune de ses extr\u00e9mit\u00e9s. Le nom de George n\u2019\u00e9tait plus permis! Un porteur a racont\u00e9 son exp\u00e9rience avec un passager d\u00e9testable, lui d\u00e9clarant : \u00ab Je vais vous servir, mais pour 10 $, je ne vous permettrai pas d\u2019acheter mon int\u00e9grit\u00e9. \u00bb Ce syndicat progressiste a \u00e9galement exerc\u00e9 des pressions sur les gouvernements f\u00e9d\u00e9ral et provinciaux en vue de l\u2019adoption de lois interdisant la discrimination dans les domaines de l\u2019emploi et du logement. De nombreux membres de ce syndicat ont \u00e9galement int\u00e9gr\u00e9 la Marche sur Washington en 1963 afin d\u2019ajouter leurs voix \u00e0 l\u2019appel \u00e0 l\u2019unit\u00e9 nationale et de mettre fin \u00e0 la s\u00e9gr\u00e9gation raciale. En 1964, les porteurs afro-canadiens ont enfin eu la possibilit\u00e9 d\u2019acc\u00e9der \u00e0 d\u2019autres types d\u2019emplois au sein des Chemins de fer nationaux du Canada et du Chemin de fer Canadien Pacifique. Cela leur permettait, par le fait m\u00eame, de financer les \u00e9tudes sup\u00e9rieures auxquelles aspiraient leurs enfants et d\u2019offrir une vie meilleure \u00e0 leur famille.          <\/p>\n\n\n\n<p>Forte de sa conscience sociale, la Fraternit\u00e9 a poursuivi ses campagnes contre la discrimination et les pratiques de travail injustes, ce qui a eu d\u2019importantes incidences sur les lois en vigueur. Ses victoires ont eu pour effet de rehausser les normes socio\u00e9conomiques des Afro-Canadiens, de s\u2019attaquer aux disparit\u00e9s entre les sexes sur le march\u00e9 du travail et de cr\u00e9er une meilleure mobilit\u00e9 vers le haut au sein des communaut\u00e9s noires. Toujours \u00e0 la d\u00e9fense de ses membres, la Fraternit\u00e9 a \u00e9galement r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9liminer certains obstacles traditionnels propres au racisme et \u00e0 contribuer \u00e0 l\u2019\u00e9dification d\u2019un Canada multiculturel.  <\/p>\n\n\n\n<p>Donna Coombs-Montrose \u00a9 2021<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>[1] <a href=\"https:\/\/www.thecanadianencyclopedia.ca\/en\/article\/order-in-council-pc-1911-1324-the-proposed-ban-on-black-immigration-to-canada\">https:\/\/www.thecanadianencyclopedia.ca\/en\/article\/order-in-council-pc-1911-1324-the-proposed-ban-on-black-immigration-to-canada.<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>[2] \u00ab Le chemin parcouru \u00bb, Selwyn Jacob, 1998. Selwyn Enterprises\/Office national du film.  <\/p>\n\n\n\n<p>[3] <a href=\"https:\/\/albertalabourhistory.org\/interview-transcripts\/hazel-proctor\/\">https:\/\/albertalabourhistory.org\/interview-transcripts\/hazel-proctor\/<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le train Pullman des Chemins de fer nationaux du Canada traversait les montagnes Rocheuses, en partance de Vancouver, pour faire&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":16450,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_relevanssi_hide_post":"","_relevanssi_pin_for_all":"","_relevanssi_pin_keywords":"","_relevanssi_unpin_keywords":"","_relevanssi_related_keywords":"","_relevanssi_related_include_ids":"","_relevanssi_related_exclude_ids":"","_relevanssi_related_no_append":"","_relevanssi_related_not_related":"","_relevanssi_related_posts":"9543,6704,10959,7839,2529,7967","_relevanssi_noindex_reason":"","ghostkit_customizer_options":"","ghostkit_custom_css":"","ghostkit_custom_js_head":"","ghostkit_custom_js_foot":"","ghostkit_typography":"","footnotes":""},"categories":[1457],"tags":[],"coauthors":[1465],"class_list":["post-18140","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-people-2"],"acf":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/wp-content\/uploads\/A9167-1.jpg","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18140","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=18140"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18140\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":18269,"href":"https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18140\/revisions\/18269"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16450"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=18140"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=18140"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=18140"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/citymuseumedmonton.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=18140"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}